Séquence 7. Les réseaux sociaux et l’identité numérique

Tel qu’employé actuellement, le réseautage social (social networking) est un terme qui désigne les applications internet visant à relier les individus entre eux (amis, militants, professionnels…). Plus précisément, les applications de ce type sont parfois qualifiées de « service de réseautage social en ligne ». Elles permettent la création de réseaux sociaux. Néanmoins, entendu de façon plus large, le réseautage social n’a pas attendu Internet pour exister et il continue de le faire en dehors de la toile (voir l’article du Monde du 13/12/2011, intitulé « De l’art de réseauter »). En effet, d’autres moyens ont toujours servi à mettre en relation, de façon plus ou moins informelle, les membres d’une société, à travers notamment la constitution de groupes sociaux rassemblant des individus ayant en commun un culte, un travail, un intérêt culturel, un établissement d’enseignement anciennement fréquenté (ces thèmes fédérateurs sont pour certains la pierre d’édifice de réseaux sociaux en ligne, à l’image de Muxlim, réseau réunissant des musulmans et ayant existé jusqu’en 2012, ou de Xt3, qui rassemble quant à lui des personnes de confession catholique).
Aujourd’hui les services de réseautage social en ligne apparaissent toutefois comme des moyens plus que complémentaires pour constituer son réseau, quelle qu’en soit sa nature (professionnelle, associatif, personnel…). En effet, les sites web de réseautage sont nombreux et variés. Il est possible d’en faire une première classification classique, selon la nature des relations constituées grâce à ces services, et le but de leur utilisation.

On trouve :

– les sites consacrés au réseautage professionnel : LinkedIn, Viadeo, Xing, Yourbizproject…. Les trois premiers cités sont ceux qui comptent le plus d’utilisateurs. LinkedIn, lancé en premier lieu sur le territoire américain (2003), est largement devant avec 200 millions de membres (d’après les chiffres de l’entreprise, fournis en janvier 2013) contre 50 millions pour Viadeo (chiffres de Viadeo, décembre 2012) et 11,5 millions pour Xing (fin 2011, Akoya consulting).Cependant, nous devons relativiser ces chiffres. Xing intègre probablement les chiffres des filiales locales qu’il utilise en Espagne, en Italie ou en Turquie, et surtout, sur les 50 millions d’utilisateurs revendiqués par Viadeo, il faut dissocier ceux qui utilisent la plateforme Viadeo et ceux utilisant une plateforme appartenant au groupe Viadeo. Ainsi on ne parle pas ici de 50 millions de membres connectés à un même réseau ; il s’agit en réalité de la somme des utilisateurs des différents sites nationaux appartenant au groupe : plus de 14 millions de membres pour le réseau chinois Tianji ; plus de 3,5 millions pour le réseau indien Apna Circle, auquel, contrairement à Tianji, il est toutefois possible de se connecter avec un compte Viadeo ; il convient aussi d’ajouter le nombre d’inscrits du site canadien Unyk (16 millions au moment du rachat par Viadeo en octobre 2009), carnet d’adresse plutôt que réel réseau social.
LinkedIn, Viadeo et Xing proposent des services de réseautage professionnel assez comparables : publication de CV et d’offres d’emploi en ligne, mise en contact, visibilité, recherche de formation et d’emploi, recherche de partenariats, etc. En revanche, des différences existent concernant le fonctionnement de chacun de ces trois sites, notamment dans les modalités de constitution d’un réseau. Sur Xing et LinkedIn, on n’entre pas en contact avec qui l’on veut, il faut qu’un contact intermédiaire, une tierce personne intervienne. Sur Viadeo en revanche, il est possible de contacter une personne complètement inconnue et non reliée à un contact que l’on possède déjà. En réalité, une telle initiative peut être entreprise sur LinkeldIn mais elle est limitée à trois fois par mois (chiffre valable en 2010). Elle devient ensuite payante. Précisons néanmoins que Viadeo limite le nombre de demande de contact par jour (29). Mais il s’agit là davantage d’une mesure pratique, préventive (éviter l’envoie de spams) que d’un principe de fonctionnement. D’autre part,l’utilité des trois sites diffère selon la localisation géographique ou la nationalité des personnes que l’on souhaite intégrer à son réseau. Ainsi, LinkedIn, semble à priori plus intéressant si l’on souhaite se faire des contacts à l’échelle internationale (Etats-Unis, Inde, Brésil, Royaume-Uni, etc.) ou même européenne (34 millions d’utilisateurs). En France, LinkedIn concurrence de plus en plus Viadeo, site lancé originellement en France en 2004, avec 4 millions de membres contre 6 millions pour Viadeo. Si le groupe Viadeo peut avancer une présence internationale grandissante, le réseau Viadeo, nous l’avons vu, n’est qu’une plateforme parmi plusieurs, et non un immense et même réseau dont tous les membres seraient interconnectables. Xing, créé en 2003 et basé à Hambourg, possède logiquement un réseau d’utilisateurs d’influence germanique (Allemagne, Autriche, Suisse, etc). Mais il est tout de même présent ailleurs en Europe grâce à ses filiales locales (Barcelone, Milan, Istanbul). Face à Viadeo et LinkedIn, Xing a du mal à s’étendre en France. Malgré cela, du point de vue français, pour développer des relations avec des professionnels allemands, il est un outil plus tout à fait approprié. Par ailleurs, une étude réalisée en juin 2012 auprès des actifs français par la société Adecco a souligné une différence d’utilisation intéressante entre Viadeo et LinkedIn. Ce dernier serait plutôt appréhendé comme un outil servant à mieux gérer sa carrière (entretien du réseau) tandis que Viadeo serait davantage utilisé pour la recherche d’emploi. Créé en 2011, Yourbizproject, quant à lui, vise spécifiquement à encourager l’entreprenariat via la mise en relation d’entrepreneurs et d’investisseurs potentiels et la constitution d’un carnet d’adresse. Jusqu’à maintenant, le réseau semble cependant avoir du mal à se développer.

– les sites de réseautage autour d’une activité artistique ou culturel : Flixter pour le cinéma (en anglais uniquement), Anobii pour les livres, Flick R pour la photographie, Myspace pour la musique…Pour ces deux derniers, il ne faut pas oublier les potentialités de réseautage professionnel qui sont offertes (visibilité).

– les sites généralistes (Facebook, Google+, Twitter…) où les relations sont le plus souvent personnelles: partage et échange d’informations avec des amis, de la famille, positionnement en tant que soutien d’un artiste, d’un sportif, dont on devient l’ « ami » ou le « follower », regroupement selon des opinions politiques…
Twitter se veut un réseau simple et propose moins de fonctionnalités – ce qui participe à sa facilité d’utilisation – que Google+ (anciennement Google buzz) et Facebook. Ces deux derniers sont plus facilement comparables, tant en termes d’interface que de fonctionnalités proposées (gestion des contacts, des photos, du profil…). Surtout que les deux réseaux tendent à s’inspirer l’un de l’autre : par exemple, Google+ est parvenu à produire une interface relativement proche de celle de Facebook (ce qui est intelligent pour faciliter une éventuelle transition) tandis que Facebook a rapidement repris une idée efficace développée à l’origine par Google+, l’organisation des contacts par cercles. Enfin, Google+ et Facebook proposent tous deux à leurs utilisateurs une série de jeux.

– des sites ludiques comme Habbo sont aussi des lieux de mise en relation personnelle (ajout de contact, chat).

– les sites permettant de retrouver des anciennes connaissances, en particulier celles fréquentées au cours des différents cycles d’enseignement, et éventuellement à l’armée, ou au sein d’une entreprise, à l’instar de Trombi.com. Ce dernier et Copains d’avant sont les plus connus en France. Il est également intéressant de noter que l’un des premiers sites de réseautage social, si ce n’est le premier, classmates.com, fondé en 1995, proposait le même type de service.

Au-delà de cette typologie, il est important de préciser que l’utilité des sites de réseautage social dépend aussi du type d’utilisateur. En guise d’exemple, sur Facebook, un individu partageant avec ses contacts ses loisirs, ses goûts – culturels, vestimentaires, etc. – ne fera pas de ce réseau social le même usage qu’une entreprise s’intéressant à ces données (usage commercial). De même, un site spécialisé peut se voir concurrencer par un autre plus généraliste mais proposant parmi ses fonctionnalités une application se rapprochant de celle sur lequel le site spécialisé se sera construit. Par exemple, sur Facebook, il est aujourd’hui assez aisé de retrouver des anciennes connaissances, et ce, sans forcément passer par le lieu (école, entreprise) où ces dernières furent rencontrées, par opposition au fonctionnement de Trombi.com et Copains d’avant. En outre, des événements ont montré que l’utilité de certains sites de réseautage dépassait parfois ce pour quoi les services semblaient être conçus au départ. Une partie des acteurs de la révolution tunisienne, et plus généralement du Printemps arabe ont ainsi utilisé Twitter et Facebook pour mener à bien leur mouvement (utilité politique).

D’autre part, il est intéressant de relever la volonté d’associer les différents réseaux, en facilitant et multipliant les passerelles d’un site à l’autre. Par exemple, lorsqu’on s’inscrit sur Myspace, il nous est proposé de « synchroniser » les différentes comptes possédés sur les autres réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, etc.), et de faire de Myspace « la plaque tournante de [nos] communications ». De la même façon, Habbo propose un lien vers Facebook, Twitter, ou encore vers la chaîne YouTube du jeu-réseau. Le but est de rester « connecté » d’une manière ou une autre à Habbo, quel que soit le réseau utilisé. Cependant, le passage simplifié d’un réseau à l’autre n’est pas sans poser des problèmes de droits d’auteur (exemple : publication sur Facebook d’une vidéo prise sur YouTube).

Aussi le réseautage doit être permis ailleurs que sur l’ordinateur d’où la création d’applications pour un accès amélioré, depuis n’importe quel appareil connecté (smartphone, tablette). Ainsi, au moment où l’on quitte Twitter, une page propose alors de rester connecté au réseau via notre téléphone portable. D’autant que l’une des spécificités de Twitter, la brièveté des messages postés (140 caractères maximum), fut aussi pensée dans l’idée de pouvoir publier des « tweets » par sms.

L’inscription sur les réseaux sociaux est généralement gratuite. Cependant, sur les sites de réseautage professionnel, pour pouvoir jouir pleinement de l’ensemble des fonctionnalités du réseau, un abonnement payant est requis. D’autre part, le cyberusager peut aussi être amené à dépenser au cours des jeux proposés par les réseaux (crédits-Habbo, crédits Facebook).

Tous ces réseaux sociaux impliquent la création d’une identité numérique à laquelle est associée une e-réputation. Cependant tous ne proposent pas les mêmes modalités de gestion et de contrôle de l’identité numérique. Il peut être intéressant dans le cadre de mon objet d’enseignement, de proposer à mes élèves fictifs d’utiliser Facebook et de créer un « fakebook », un faux profil Facebook, sur un personnage historique de l’histoire américaine. Ainsi, les élèves se mettraient dans la peau du personnage choisi et écriraient ce que le personnage aurait pu dire, ce qui les aura obligé à se documenter sur le personnage en question et sa pensée. Dans cet exercice, les élèves seraient alors confrontés à la question des enjeux de l’identité numérique, identité qu’ils devront apprendre à maîtriser.

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